05.02.2009
Supplique pour ne pas enterrer l'Université
Les enseignants-chercheurs ont l’image désastreuse de petites gens corporatistes, agrippés à leurs privilèges comme l'huître au rocher. Qui n’entend pas parler de ces « profs » qui font si peu de cours, ou qui mènent des recherches inutiles dans leurs laboratoires ? Qui ne sait pas que la France est mal représentée au classement de Shangaï, qui, pourtant, s’appuie notamment sur les articles publiées dans « Nature et Sciences » et sur le nombre de prix Nobel ? D’ailleurs, qui ignore que les profs sont toujours en grève ?
Cette image est pourtant fausse.
Je suis professeur de droit. Je ne travaille pas dans un laboratoire. Comme la plupart de mes collègues, je fais grève pour la première fois. Jamais je ne publierai dans « Nature et Sciences » - et pour cause - , et puisqu’il n’existe pas de prix Nobel en droit, je ne permettrai jamais à mon université d’être bien évaluée par « Shangaï ». Cela ne suffit pas à faire de moi un mauvais enseignant-chercheur.
La profession d’enseignant-chercheur est diverse, d’une discipline à l’autre. Le point commun de ceux qui la composent, Professeurs et Maîtres de conférences, et vacataires aussi, est le travail qu’ils ont accompli pour être dignes de l’Université, l’énergie qu’ils lui consacrent pour en rester dignes.
Pas plus qu’aucun de mes collègues, je ne me bats pour conserver des « privilèges ». Je ne suis même pas opposé à être évalué, pour peu que les critères de l’évaluation soient scientifiques et objectifs.
Or, que nous propose-t-on ?
On prétend évaluer les recherches des enseignants-chercheurs : pour ce faire, on laissera d’abord, dans les universités pluridisciplinaires, des juristes évaluer des chimistes, des chimistes juger des juristes…
Qui tirera les conséquences de cette pseudo-évaluation ? L’administration de l’Université. Peut-on croire un seul instant qu’elle tiendra compte de cette « évaluation » comique, et qu’elle tranchera sur des bases scientifiques et non financières, à l’heure où l’Etat coupe les vivres des universités sous prétexte d’autonomie ?
On prétend évaluer la pédagogie des enseignants chercheurs. Mais comment ? Exigera-t-on que chaque étudiant ait un master pour que le rendement soit bon ? Comment croire que le gouvernement se soucie de l’enseignement et de la pédagogie, quand un projet de décret sur la « masterisation des diplômes dévalorise la formation des instituteurs et professeurs du secondaire ? Comme croire qu’il s’en soucie, quand il fait de l’enseignement la sanction du chercheur mal évalué.
Le mauvais prof est au moins bon à donner des cours : voilà le sens du décret.
Phantasmes, et affabulations, dira Madame le Ministre. Mais elle sait bien que non : pourquoi promettre une charte de "bonne application", si le ce décret ne portait pas en lui les germes d’une crise profonde et peut-être fatale? Il y a quatre mille ans, dit-on, les dix commandements n'ont pas eu besoin d'une charte de bonnes pratiques...
20:25 Publié dans Autonomie des universités, Droit en général, Tribune, Université d'Evry et faculté de droit | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : grève, fac, faculté, université, éducation, enseignants, chercheurs
07.09.2008
La France reconnait-elle le mariage homosexuel ?
16:15 Publié dans Droit en général | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
10.07.2008
Texte de la Chancellerie : diffuser ou ne pas diffuser, telle est la question
Faut-il publier cette « arlésienne du droit des contrats » que tend à devenir le texte préparé par la Chancellerie ? Des voix fortes et diverses, telles que celles de Félix Rome ou de Denis Mazeaud, m’y incitent voire m’y invitent.
Et j’hésite.
J’hésite, d’abord, parce que le texte dont je dispose – comme beaucoup d'autres – n’est pas (ou plus) celui de la Chancellerie. Ce texte, depuis qu'il m'a été communiqué, a été amendé, modifié, discuté, corrigé et repris. Bref, le texte en ligne ne serait donc pas Le texte. Ceci n’ôterait pas, il est vrai, tout intérêt à la mise en ligne. Cette dernière permettrait au contraire de mettre en évidence, le jour de la diffusion officielle venue, les discussions dont le texte aura fait l’objet.
J’hésite, ensuite parce que je n’ai guère de mandat pour publier ce texte. L’on me dira que seule ma liberté d’expression est en cause : après tout, les journalistes publient les bonnes feuilles des ouvrages avant leur parution, comme ils livrent le contenu des rapports officiels avant qu’ils ne soient remis. Mais je ne suis pas journaliste…
J’hésite, aussi – surtout - parce que le texte m’a été confié sans arrière-pensée : j'ai peur que sa mise en ligne frise l'abus de confiance.
J’hésite encore pourtant...parce que, comme Félix Rome, je crois qu’il serait temps que le texte soit livré au débat et qu’il n’est pas sain, ni que sa connaissance soit confinée à un cercle d’initiés, ni que la glose précède le texte…
07:55 Publié dans Droit des obligations, Droit en général, Réforme du droit des obligations, Tribune | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
03.06.2008
L’efficacité des sûretés personnelles : une entreprise en difficulté ?
L’on aura pu croire que ce blog avait expiré. Mais non. Sans doute un surcroît de travail – j’en dirai bientôt quelques mots - m’a-t-il tenu quelque peu éloigné de la chose virtuel. Surtout, cependant, je dois bien admettre l’actualité m’a peu inspiré. Comme chaque année à pareille époque, je fus terrassé par l’angoisse de la page blanche. Les forces me reviennent cependant – au point que je fus inspiré, hier matin, lorsqu’il me fallut rédiger un cas pratique de droit des obligations aux premières lueurs de l’aube...
L’actualité frémit et promet d’être bouillonnante avant l’été. Ainsi l’avant-projet de réforme des obligations rédigé par la chancellerie commence-t-il à circuler. Un tantinet moins glamour, peut-être, l’avant-projet d’Ordonnance « portant diverses dispositions en faveurs des entreprises en difficultés » circule quant à lui depuis quelques temps : il mérite qu’on s’y arrête.
08:20 Publié dans Droit commercial, Droit des sûretés, Droit en général | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
29.05.2008
Quand les secrets déflorés de la jeune mariée anéantissent le mariage
Mais reste-t-il quelqu'un pour lire le Dalloz ? Telle est la question qui me sort de ma torpeur bloggesque... Qu'entends-je en effet ce matin, lorsque c'était de ma torpeur véritable que je sortais? Voici qu'un jugement aurait annulé un mariage en raison de ce que la mariée n'était pas vierge ! Et d'entendre un journaliste, peut-être fin juriste, se demander si la porte ne s'entr'ouvrirait pas à la charia en droit français : bigre ! Et quelques collègues et amis de se presser, sans désemparer, de rechercher la décision pour alimenter les conversations de fin de tablées.
Je l'ai trouvée, moi, la décision... au Dalloz qui a publié la semaine passée ce jugement du 1er avril 2008 - "on nous cache tout, on nous dit rien" - accompagné, qui plus est, d'un commentaire de Pascal Labbée (D. 2008, 1389).
Et sur le fond ?
20:05 Publié dans Droit de la famille et des personnes, Droit des obligations, Droit en général, Humeur | Lien permanent | Commentaires (56) | Envoyer cette note
04.03.2008
Du droit de savoir au droit de voir Miss France à demi-nue
Divers sites reproduisent une partie de l’Ordonnance qui déboute Mademoiselle Valérie Bègue de ses demandes à l’encontre du Magazine Choc. Ces recensions suscitent quelques commentaires, sous toutes réserves cependant, en l'absence d'une production de l'Ordonnance originale...
Il est quasi-inutile de rappeler les faits. Le 21 février dernier, le magazine Choc publie des photographies de Miss France en maillot de bain. Mademoiselle Bègue a alors saisi le juge des référés de Saint-Denis de la Réunion afin d’obtenir le retrait des kiosques du magazine et, à en croire la presse, 100 000 euros de dommages et intérêts. Mais les temps sont durs pour la ravissante. Après avoir été soutenue par une Ile en émoi, défendue par un Ministre en campagne, la voici plaisantée par ceux qui l’ont adorée . Nul doute, donc, que c’est avec une gourmandise féroce qu’une partie de la presse se saisira de la nouvelle de cet échec judiciaire. Elle aura peut-être tort, tant la motivation de l’Ordonnance, du moins telle qu’elle est reproduite, semble discutable.
10:10 Publié dans Droit à l'image, Droit des obligations, Droit en général, Humeur | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
20.06.2007
Souvenirs picards : l'influence du droit anglo-saxon sur le droit français des contrats
Mon aptitude au rangement et à l'organisation en général n'est pas fameuse. Aussi ai-je retrouvé par hasard en reconstituant mes archives - grâce à un individu qui m'a opportunément subtilisé mon ordinateur portable - la trace d'une intervention que j'ai eu la chance de faire à l'occasion d'un colloque célébrant les 30 ans de la faculté d'Amiens. Le sujet en était "L’influence du droit anglo-saxon sur le droit français des contrats". C'était il y a quelques années déjà, avant la parution du rapport doing business et la consécration de la fiducie, avant que les class actions ne reviennent agiter les débats politiques internes. Dans la mesure où cette intervention n'a jamais été publiée - il faut dire qu'elle est loin de révolutionner la pensée juridique contemporaine -, je suppose que personne ne verra d'inconvénient à ce que je la publie en l'état , sans actualisation ni correction de coquilles d'aucune sorte...Mon désordre n'ayant d'équivalent que mon incapacité en matière informatique, on trouvera le fichier de cet exposé ici.
20:10 Publié dans Droit des obligations, Droit en général | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
14.03.2007
Colloque : Regards croisés sur l'autorité de la chose jugée" (3-4 mai 2007)
Une annonce en guise de billet pour cette fois : je signale - si besoin était - le colloque intitulé "Regards croisés sur l'autorité de la chose jugée" (3-4 mai 2007)", qui se tiendra à Caen et dont on trouvera le programe détaillé ici.
17:10 Publié dans Droit en général | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
20.02.2007
La morgue de Papon : le défunt exclu de l'ordre de la légion d'honneur peut-il être enterré avec son insigne?
Au-delà de son trépas, la morgue de Maurice Papon - dont le cœur avait peut-être cessé de battre il y a plus d’un demi-siècle - heurte l’opinion et suscite la polémique: son avocat a en effet affirmé qu’il veillerait à affubler la dépouille de l’insigne de la légion d’honneur, alors même que Maurice Papon avait été exclu de l’ordre… Est-ce seulement possible? Autant la question est simple, autant la réponse paraît complexe…
22:55 Publié dans Droit en général | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
15.02.2007
Blogtrine vs Doctrine ?
Un récent éditorial publié au Dalloz et signé Félix Rome, intitulé « Propos iconoclaste sur la "bloghorrée" » (D. 2007, éditorial, p.361) revient sur le phénomène des blogs juridiques et leurs rapports avec l’édition tranditionnelle.
L’auteur refuse de céder à « l’enthousiasme » qui nous avait saisi, mon Collègue Frédéric Rolin et moi, dans les colonnes de la même revue (D. Houtcieff et F. Rolin, D.2006, point de vue, p.596). Tout admettant que la blogtrine participe d’un phénomène de « démocratisation » de l’accès au droit, cet article regrette que ce mode de communication « participe à l’édifice du fast droit dont le succès repose, en général sur la légèreté de son contenu et dont la légitimité réside, en l’espèce, pour une assez large part, dans la célérité de ceux qui la conçoivent ». Il déplore par ailleurs une « surinformation » des lecteurs, voire une désinformation de ceux-ci en raison de la « compétence à géométrie variable » des blogueurs. Et l’auteur de dénoncer le recours de plus en plus fréquent de la presse généraliste à cette source d’information…
17:55 Publié dans Droit en général | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note







