04.02.2009
Point de vue
Je laisse en ligne ci-dessous, avec son accord, un mail que nous a adressé le Doyen de la Faculté de droit d'Evry, mon Collègue et ami (dans le désordre) François Colly. Il me paraît contenir quelques rappels utiles dans le contexte actuel...
(...)
Je ne fais quasiment jamais grève car je n'aime pas ce mode d'expression qui entrave nos activités d'enseignement et pénalise les étudiants (comme toute grève pénalise les usagers), mais dans la situation présente, le bouchon est poussé trop loin.
Les "enseignants-chercheurs", en des termes plus français et civilisés, les universitaires, sont des fonctionnaires de l'Etat, état fort noble à mes yeux. A ce titre, ils sont dotés d'un statut particulier garantissant l'indépendance dans la recherche et dans l'enseignement. Faut-il rappeler les révocations de l'université sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire de professeurs ne plaisant pas au pouvoir politique (par exemple Jules Michelet...) ; de même sous le régime de Vichy. Ce statut, insensiblement dégagé durant le XIXe siècle, s'est concrétisé avec les lois de 1893 & 1896. Il assurait l'indépendance des professeurs des facultés, le principe du recrutement, et de l'avancement, donc de l'"évaluation", par leurs pairs de leurs disciplines. Le principe d'indépendance de professeurs et MCF des universités a été constitutionnalisé par la décision du Conseil constitutionnel n° 165 DC du 20 juillet 1984 (GDCC n° 33) et constitue le fondement de notre statut. Celui-ci comporte l'exigence d'une représentation propre et authentique dans les conseils de la communauté universitaire; il comporte aussi le principe d'inamovibilité, à l'instar des magistrats, corollaire évident de l'indépendance. Le décret du 6 juin 1984 a, tant bien que mal, maintenu les modalités d'application de ces principes. L'une des garanties réside dans l'évaluation par une instance nationale, par discipline, le CNU et ses sections, certes dans certains cas non irréprochable.
L'actuel projet de décret, même dans son texte modifié du 30 janvier 2009 par la ministre, porte directement atteinte à ces principes en les heurtant de front au nouveau principe privilégié inscrit dans la loi du 10 août 2007 d'"autonomie" des universités et à la conception "managériale" qui fait du président un "chef d'entreprise" et du conseil d'administration réduit une chambre d'enregistrement. Tout ceci pour répondre aux exigences de trois ou quatre universités à dominante de sciences "dures", certes de haut niveau, et aux fantasmes et humiliations engendrés par le "classement de Shangaï".
D'une part le recrutement dans une université est confié à des "comités de sélection" ad hoc dont la décision peut être écartée par le président, d'autre part les avancements des professeurs et MCF sont décidés pour une large part (50 % -5 %) par les conseils d'administration et surtout les présidents. Dans ces conseils, les disciplines ne sont pas toutes représentées, loin de là, ce qui remet les avancements aux amitiés, services rendus, servilités et au bon plaisir des présidents.
Enfin la "modulation" des services permet aux organes des universités (fort compétents scientifiquement) de "sanctionner" les universitaires (les moins bons ?) dont l'activité de recherche est jugée par eux inexistante, de quantité ou de qualité insuffisante, sans critère scientifique, en renforçant leur service d'enseignement. Elle permet aussi d'alléger les services d'enseignement "les meilleurs" (selon quels critères ? ). Une telle possibilité ouvre la porte à l'arbitraire, mais surtout, puisque les dotations de crédits des universités par l'Etat sont bloquées voire réduites, puisqu'aucune création d'emploi de professeurs ni de MCF n'est ouverte, et que, de plus, le ministère a retiré pour 2009, 1 ou 2 emplois dans chaque université, les présidents, devant la pénurie budgétaire et d'emplois, comme certains l'ont annoncé, ne vont pas manquer d'alourdir les services de base de 128 heures de cours pour boucler les budgets des universités. Le jeu est à somme nulle. Il en découlera une réduction du temps consacré à la recherche, voire à l'administration, et une suppression des heures complémentaires. Dans la mesure où le système est maintenu, il est essentiel que les appréciations et "évaluations" soient assorties de garanties scientifiques, soient assurées par un organe national indépendant et s'imposent aux organes des universités en dépit de la prétendue "autonomie". La même "autonomie" budgétaire entraînera aussi la suppression des ATERS dont le coût est élevé et de surcroît alourdi par les indemnités de chômage.
Il est sans doute aussi nécessaire de rappeler que les domaines de sciences "dures" sont en situation critique de baisse dramatique de leurs effectifs pour le présent et pour l'avenir. Il leur importe donc de maintenir leurs postes, même sans étudiants, au motif, voire prétexte, de la recherche, alors que les disciplines de droit, gestion & médecine sont et seront en augmentation d'effectifs. La modulation des services prend a cet égard plus de sens encore.
Pour ces raisons le projet de statut est absolument inacceptable.
S'ajoute à cela la "mastérisation" de la formation des instituteurs et professeurs du secondaire qui aura pour effet une baisse du niveau de formation de ces maîtres, donc une baisse de leurs qualités et compétences, donc une baisse du niveau des élèves, donc une baisse du niveau des étudiants entrant dans les universités.
Que les universités pluridisciplinaires soient pour les juristes une stupidité, un facteur d'entrave permanent... me paraît incontestable. Toutefois, en l'état actuel de la politique de fusion et de regroupement des universités pour donner naissance à des monstres "autonomes", soi disant plus accessibles aux premières places dans le "classement de Shangaï ", me semble être un obstacle déterminant à ce voeux heureux des juristes les plus clairvoyants.
Le présent texte n'est, certes, pas exhaustif, mais il me semble faire un point incontestable sur une bonne part du problème présent. Au delà existe notamment la volonté de liquider au moins une vingtaine d'universités petites ou moyennes, de dégrader le service public, de privatiser l'université...
Amitiés à tous
François Colly
00:09 Publié dans Université d'Evry et faculté de droit | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note









Commentaires
Chassez le naturel, il revient au galop ...
"S'ajoute à cela la "mastérisation" de la formation des instituteurs et professeurs du secondaire qui aura pour effet une baisse du niveau de formation de ces maîtres, donc une baisse de leurs qualités et compétences, donc une baisse du niveau des élèves, donc une baisse du niveau des étudiants entrant dans les universités."
On reconnait bien là la griffe du juriste et je crains que l'effet atteint soit l'inverse de celui recherché. Pourquoi échafauder un raisonnement douteux pour justifier votre soutien solidaire aux revendications des (futurs) profs du secondaire ? Vous avez le droit d'être solidaire de vos collègues de l'enseignement, sans avoir besoin de justifier (ou construire) un "intérêt à agir" ...
Pour l'instant ça ne mange pas de pain de se déclarer solidaire, ça crée même l'illusion d'une plus forte légitimité à peu de frais.
Mais les profs de droit ne sont pas entré en lutte (historique) pour défendre les intérêts de l'enseignement secondaire. Et dans l'hypothèse où leurs revendications aboutiraient avant celles contre la "mastérisation", je doute que leur soutien se prolongerait au delà du "soutien moral".
Ah si, à la réflexion ils prolongeraient peut être la rétention des notes, ça mange pas de pain non plus ...
Ecrit par : doui | 04.02.2009
Je ne saisis pas en quoi le fait d'avoir des raisons légitimes d'être solidaire discréditerait cette solidarité. On ne soutient rien ni personne quand on le fait sans raison.
Ecrit par : Dimitri Houtcieff | 04.02.2009
@doui
Quel esprit chagrin !
Ce texte résume bien les raisons pour lesquelles nous nous battons.
Il n'y a pas lieu à chercher à établir un queconque intérêt à agir. On aura tout entendu !
Et ne désespérez pas. La rétention de notes n'est qu'un prélude ...
Ecrit par : Mona | 04.02.2009
Je crois qu'il faut être très honnête pour décrire la situation des professeurs d'université, et très particulièrement ceux de droit, qui jouissent d'une position de privilégiés.
6h de cours, bien peu d'obligations, quelques articles juridiques qualifiés de recherche mais qui n'en sont pas vraiment...
Il est heureux que Valérie Pécresse, femme de grand talent, éminente juriste, membre du Conseil d'Etat et fille d'universitaire ait pris la mesure de cette difficulté en recherchant des moyens de faire pressions sur les universitaires pour accroitre leur activité bien modeste, à ce jour !
Vive Valérie !!!!
Ecrit par : Eric LE RENNE | 04.02.2009
Encore un troll de l'UMP qui espère monter en grade... A part ça ce message est tellement stupide et insultant, qu'il est inutile de se fatiguer à y répondre.
Ecrit par : Eric Martin | 04.02.2009
En effet, il ne faut pas se fatiguer à répondre. C'est tellement nul...
Il doit avoir une bonne carte à l'UMP et a dû apprendre sans sourciller les consignes anti-EC, qui sont envoyées, depuis quelques jours, par texto aux adhérents des sections UMP de France et de Navarre.
Vraiment désolant ...
Ecrit par : Mona | 04.02.2009
A mes deux contradicteurs bien sectaires,
Je ne suis pas membre de l'UMP et n'ai pas reçu, Mona, de textos qui m'aurait poussé à écrire ce commentaire pour monter en grade !!!
Répondez plutôt sur le fond, plutôt que de disqualifier avec des préjugés...
Je crois à la raison pratique objective fruit de la discussion contradictoire entre personnes raisonnables au sens de Kant, d'Habermas ou de Popper
Je crois à la capacité de chacun ces intérêts particuliers et c'est pour cela que je viens écrire ici.
Je suis choqué de l'égocentrisme de la communauté des universitaires en droit donc je maintiens que l'activité est souvent faible (ce qui ne veut pas dire toujours) !! (si ce n'était pas le cas comme se fait-il qu'un certain nombre d'entre eux soit parfois à plein temps dans des cabinets d'avocats)
Je pense que Valérie Pécresse un instrument managérial efficace pour faire travailler plus les universitaires, motiver ceux qui sont méritants, sanctionner ceux qui en font moins... et c'est refusé par égoïsme !!
C'est une position, je souhaite qu'un débat s'ouvre !!!
Maintenant, si vous préférez dialoguer entre vous, je cesserai de poster !
Ecrit par : Eric LE RENNE | 04.02.2009
Sans trop d'égards pour les esprits provocateurs qui prennent manifestement plaisir à jeter quelques pavés dans la mare, je considère que le sort réservé aux Universités est si préoccupant que le combat transcende incontestablement les convictions idéologiques. La lutte doit demeurer apolitique et juste ; pour cette raison, sans hésiter, je me suis déclarée moi aussi en grève, sans égards pour ma qualité, qui n'en est pas une, de vacataire, laquelle en principe ne m'accorde pas un tel droit. Qu'à cela ne tienne !
Ecrit par : marie-julie | 04.02.2009
@ Eric LE RENNE
Vous vous énervez inutilement. Je ne parlais absolument pas de vous, et n'insinuais rien sur vous. Un vrai malentendu. Il est vrai que nous sommes tous sous tension puisque notre ministre ne nous écoute pas. Ce n'est pas une raison pour nous emporter, surtout, à l'évidence, entre collègues.
Ce n'est pas grave. L'incident est clos.
Moi aussi, je vais faire une petite pause dans mes posts.
Cordialement.
Ecrit par : Mona | 04.02.2009
@ Eric LE RENNE
J'oubliais. J'ai dit "entre collègues", mais là je me suis trompée ...
PS : vous n'êtes pas à l'heure du net ! Mais l'UMP, en effet, s'amuse à envoyer des trolls sur les sites ou blogs qui se positionnent ouvertement contre la réforme. Mettez-vous au courant ...J'ignore qi vous en êtes un, mais tout le laisse penser ...
Ecrit par : Mona | 04.02.2009
@ Eric LE RENNE
Vous vouliez du débat de fond en voilà.
"Il est heureux que Valérie Pécresse, femme de grand talent, éminente juriste, membre du Conseil d'Etat et fille d'universitaire ait pris la mesure de cette difficulté en recherchant des moyens de faire pressions sur les universitaires pour accroître leur activité bien modeste, à ce jour !"
Je me place de votre côté : très simplement, il s'agit d'un reproche d'inactivité fait aux EC de votre part. Partant de ce postulat ( qui est déjà hors de ma capacité d'entendement ), la réponse gouvernementale par le biais du décret vous paraît appropriée pour répondre à une telle carence en recherche ?
Voici ma réponse. Non seulement le statut des EC que vous décrivez est déjà à ce stade fortement discutable ( si on ne l'exclut pas immédiatement ... ), mais alors l'approbation de votre part au remède proposé par le gouvernement ...
Partons du postulat que cette carence existe bien : le remède consiste dans l'avènement du clientèlisme ? De la suprématie d'un président ? De sanctionner par de l'enseignement supplémentaire, sanctions fondées sur une appréciation du travail des EC dont les facteurs ( en eux-mêmes ! ) sont douteux ?
Voilà une solution incohérente pour une carence hypothétique.
Ecrit par : Florian M | 04.02.2009
Ah on sort du Kant dès que l'absence d'argumentation et la pauvreté du discours sont dénoncées ;-)
"Valérie Pécresse, femme de grand talent, éminente juriste, membre du Conseil d'Etat et fille d'universitaire "
M. LE RENNE nous expliquera quel est le diplôme, le parcours et les écrits de Mme Pécresse qui en feraient une éminente juriste...?? C'est drôle j'ai dû manquer quelque chose
A ma connaissance, les grandes écoles ne forment pas (encore) des juristes, et encore moins ceux que l'ont pourrait qualifier d'éminents
Pour les écrits...il est vrai que je n'ai malheureusement pas le temps d'éplucher toutes les "papers" juridiques ou pseudos juridiques tant ils sont légions et tant je passe de temps sur des tâches autrement plus fascinantes, administratives et de secrétariat, faute pour mon employeur, l'Etat, de nous donner des moyens décents de travailler !
Il nous dira aussi comment le père de M.Pécresse assume sa mission de professeur des universités en étant parallèllement le PDG de Bolloré Télecom
Quant à stigmatiser le fait que certains universitaires arrondissent leurs fins de mois avec des consultations (je ne parle pas de travailler à plein temps ce qui est simplement impossible), ils n'en seraient ni tentés pour les uns, ni même simplement contraints pour les autres, si la rémunération offerte en contrepartie de nos compétences n'était pas si ridiculement faible.
Pour les PH en médecine qui exercent dans le privé, le deal a été clair : on reconnait l'impossibilité de vous rémunérer à hauteur de vos compétences, donc on vous offre le droit de compléter dans le privé
Arrêtons la langue de bois et le politiquement correct alors même que la ministre vend elle même son projet à grand coup de primes pour les "meilleurs" (entendez, "meilleurs copains" du Président) et de prétendues revalorisation des rémunérations, de beaux mirages qui se noieront comme les autres dans les déficits programmés de la majorité des établissements...
Ecrit par : Egocentrique | 04.02.2009
@ Eric LE RENNE
Sur le fait que certains universitaires juristes soit en même temps avocats. C'est vrai, et cela nuit parfois à la qualité de leurs enseignements, mais pas toujours comme vous le dites si bien. Certains collègues avocats délivrent un enseignement éclairé par la pratqiue très prisé des étudiants.
Que faire, une interdiction de cumul (quid alors des enseignants en médecine?) par ailleurs la logique des réformes engagées est celle de la "professionalisation" des études. Dès lors peut-on se contenter de théoriciens dans les facs?
Comment rendre attrayants ce métier pour des professionnels habitués à des rémunérations plus élevées?
Un enseignement par des praticiens n'est-il pas un gage de qualité, on imagine mal des étudiants en médecine écoutant des enseignants n'ayant jamais mis les pieds dans un hôpital sous une autre qualité que celle de patient...
Il y a là des incohérences qui mériteraient d'être envisagées (et que l'on prenne le temps de la réflexion, ce qui manque cruellement dans notre société ou efficacité et effectivité sont trop souvent confondues avec rapidité).
Quant à l'activité faible des juristes, je vous invite à aller consulter les revues juridiques, les projets de lois pensés et élaborés par des universitaires (Dimitri Houtcieff fait d'ailleurs partie d'un comité ayant fait des propositions sur la réforme du droit des contrats) sans parler des missions directement confiées par les gouvernements à ces mêmes universitaires (et pour ce gouvernement, aux Professeurs Guinchard ou Varinard pour ne citer que les plus médiatiques...).
Quant à faire travailler plus sans être payé plus... Notons au passage que nous ne sous sommes jamais plaint de notre rémunération, parce que nous faisons ce métier par passion et par vocation, mais trop c'est trop. Si je comptais les heures que je donne à l'Université en gestion administrative, les cours faits gratuitement pour rendre service, les déplacements à des colloques pris sur mes propres deniers (pas assez d'argent dans mon laboratoire de recherche...), parce que j'ai le sens du Service Public, je pourrai peut-être prétendre à 0 heure d'enseignement, alors pourtant que j'aime enseigner .
Pour ma part, et parce que je le pourrais, j'envisage de m'expatrier là ou je serai évaluée, ce qui ne me pose pas de problème (j'ai déjà enseigné aux US) mais justement payée et où je disposerai de vrais moyens pour enseigner et effectuer mes recherches correctement (disposer d'un bureau par exemple...).
Ensuite nous ne refusons pas le principe d'une évaluation mais ses modalités. Je ne souhaiterais pas personnellement être évaluée par un Président qui aurait les mêmes préjugés que vous vis-à-vis de juristes (on pourrait aussi imaginer un juriste ayant des préjugés vis-à-vis des psychologues par exemple dont la recherche ne servirait à rien, bref j'en passe et des meilleures).
Et je demande aussi des critères d'évaluation clairement définis. Cela me semble la moindre des choses...
Quant à punir les soit disant mauvais chercheurs par l'enseignement, c'est une considération des étudiants que je trouve bien méprisante.
D'autres pistes sont envisageables, une obligation de publications de deux articles par an comme au UK par exemple, une division des tâches entre ceux qui préfèrent l'enseignement à la recherche et vice versa comme dans d'autres pays, mais certainement pas un décret dont l'un des principaux buts est de faire économiser de l'argent à l'Etat (travailler plus pour gagner moins), dans un secteur dont les acteurs sont déjà mal payés (comparons la rémunération d'un universitaire et celle d'un attaché territorial, par exemple) au terme d'une évaluation arbitraire et peu respectueuse de l'indépendance des universitaires.
Ecrit par : Thémis | 04.02.2009
Je ne crois que citer Kant, un philosophe, célèbre pour ses fameuses critiques et son rejet de l'hétéronomie revienne à montrer un goût immense pour l'absence d'arguments
Madame PECRESSE a été une très jeune Commissaire du gouvernement au Conseil d'Etat, connue pour l'excellence de ses conclusions, elle est par ailleurs ancienne élève de l'ENA, école dont le concours d'entrée comporte une forte dimension juridique.
Au risque de vous déplaire, on peut apprendre le droit à l'université mais aussi dans des manuels, par les cours qui en sont dispensées dans d'autres écoles....
Pour revenir au sujet qui nous préoccupe, je pense que la modulation des services (qui se fera après avis du CNU) sera une incitation à faire des travaux de recherche.
Autrement, si ces derniers sont insuffisants, des heures d'enseignement seront décidés. Cela ne sera pas préjudiciable aux étudiants puisque lorsque l'on est Professeur même si on est pas actif en matière de recherche, on est normalement capable de faire un cours valable.
Pour les traitements, une revalorisation est aujourd'hui en cours dans un contexte financier public très difficile.
Mais je maintiens, on ne peut pas prôner son attachement, à la recherche, à l'université, à l'avenir de notre pays dont l'innovation est un des piliers et, en même temps, défendre un système qui n'évalue pas régulièrement ces chercheurs.
Le système actuel est le pire des systèmes !!
et je demande donc dans ce contexte de crise majeure, aux EC de penser un peu à l'intérêt général plutôt que de se réfugier dans un statut qui garantie l'impunité pour eux mais met en danger l'université !!!
Le retrait du décrêt serait un signal dramtique qui ferait panser à tous les intérêts catégoriels que par la grève on peut tout obtenir contre un pouvoir démocratique !! Ce serait dramatique et indigne pour l'avenir de notre pays!!
J'espère qu'on va continuer ce débat mais il faut sortir du corporatisme qui déshonore certains enseingants, je le dis franchement.
Ecrit par : Eric LE RENNE | 04.02.2009
@Le Renne
"motiver ceux qui sont méritants"... oui... à première vue et selon une approche simpliste on peut voir les choses ainsi... et s'il en était ainsi tout le monde, ou presque, serait d'accord... tous les EC ne sont pas aussi ennemis de l'effort que vous le pensez.
Laissez-moi vous expliquer la réalité de façon simple... bien évidemment il y a le pb des pouvoirs laissés aux Pts des unversités... mais c'est un leurre... le pb est ailleurs et bcp plus grave...
Alors imaginons que le décret soit adopté...
Abracadabra... c'est fait !
Etape 2 : l'AERES classe les revues (pas seulement juridiques mais il y a un réel pb pour ce domaine)... elle ne retient que qques revues en catégorie A... pour faire simple les revues trimestrielles ou de même classe (4 à 6 n°/an)... ces revues sont en grande partie occupées par des chroniques et laissent dc la place pour 3 à 5 articles/n°... faites le compte sur une année pour une revue et multiplié par le peu de revue en A par champ de spécialité... vous créé ainsi un engorgement... seuls qques élus (Dieu sait comment ???!!!) parviendront à y caser leurs papiers
Etape 3 : l'immense majorité des EC ayant due se rabattre sur des revues B ou C... se trouve classée en sous-publiant... cette immense majorité (qui peu avoir bien plus et bien mieux publiée que ceux qui ont casé 2 articles en revues A en 4 ans) est bonne pour des cours à gogo... pour une toute petite minorité (dont une fois de plus rien ne prouve que ce sera les meilleurs chercheurs !) qui aura une décharge de cours... Bref la grosse majorité se retrouve à faire des heures supplémentaires (+ 25 %, + 50 +, + 100 %) gratuitement (travailler plus, etc.).
Etape 4 : ces milliers d'heures faites gratuitement (alors qu'avant elles étaient faites en payant) permettent de dégager un budget pour financer les mesures annoncées par le Gvt (alignement des TP sur les TD, accélération des rémunérations en début de carrière -une belle foutaise d'ailleurs !-, primes -dont très peu profiteront d'ailleurs, je pourrai vous l'expliquer plus tard si vous voulez) et même de dégager un petit bénéf ! Joli non
Etape 5 : les EC surchargés de cours ne rattraperont jamais le train de la recherche et seront des profs du secondaires... Les qques EC ayant bénéficiés -de part les hasard de la vie plus que de part la qualité de leur recherche- de décharges de cours continuent ds ce même système car ils ont du tps pour écrire.
Résultats des courses : fuite accrue des chercheurs vers les universités étrangères (les mvts et recherches commencent d'ailleurs)... diminution des publications française et pour cause... mauvais classement des universités françaises à l'international...
Etape 6 : Comme la super réforme du Gvt n'a pas permis aux EC de redresser la situation... plus de pitié... tous les EC avec des heures en plus sans distinction de revue ou de publication... que des bons à rien à qui on a donné une chance et qui n'ont rien fait !
Etape 7 : université = lycée... et donc moins cher
Voilà mon cher ce que le Gvt prépare...
Ne mettez pas les fautes d'ortho et de gramm ds ce qui est expliqué sur un manque ds mon éducation mais sur une frappe très raipde et maladroite sans relecture car j'ai un cours ds 2 minutes !
Ecrit par : Gaston Dutauziet | 04.02.2009
A GASTON
La prise en compte de toutes les revues pertinentes saura être faite par les CNU pour parvenir ne pas sous évaluer trop de vrais chercheurs.
Les heure d'enseignement en plus se feront dans la limite du temps de travail global (1607 heures) donc c'est du délire de parler + 100 % qui seraient fréquents, d'autant que d'autres activités vont être prises en compte.
De plus, franchement, 3 heures de cours en plus par semaine sur 6 mois de l'année (donc 6 qui peuvent normalement mis à profit pour chercher), pour un type Bac + 8, de niveau intellectuel élevé, docteur, agrégé, avec parfois, des chargés de TD qui corrigent, dire que ça empêche de reprendre le train de la recherche !!!!! C'est pas crédible.
Ecrit par : Eric LE RENNE | 04.02.2009
@ Eric LE RENNE
Je confirme, vous êtes bien un troll du ministère. Ce que ce dernier veut faire, un employeur du secteur privé n'a juridiquement pas la possibilité de le mettre en oeuvre sans l'accord des salariés. Alors nous jouer la vierge effarouchée qui vomit sa haine de "l'intello" ... Remarquez, nous sommes quelques uns à bien rire à votre prose. Surtout, continuez.Bisous.
Ecrit par : Darmaisin | 04.02.2009
@DARMAISON
1°) J'aime les intellectuels, la recherche, la création, le débat d'idées donc ma haine de l'intello, vous rêvez !!
2°) Je ne suis pas lié pas au ministère et le gouvernement que j'ai servi ( en tant que conseiller n'était pas de droite si vous voulez tout savoir)
3°) Un employeur du secteur privé ne peut pas le faire mais la loi et le pouvoir réglementaire d'application, si !!
De toute façon, je ne savais que vous souhaitiez le contractualisation des EC et le fin du statut.
Merci de vos propos affectueux à la fin de votre message. Ils sont la signe la décrispation commence.
Ecrit par : Eric LE RENNE | 04.02.2009
@ Eric Le Renne
Vous êtes un théoricien, vous n'avez aucune idée de ce que faire cours implique (préparation, remises à jour, adaptation en fonction du public d'étudiants, correction, sujets d'examen) sauf à prendre son travail par dessus la jambe.
Je serais curieuse de vous voir à l'œuvre M. le conseiller, d'ailleurs vous connaissez le proverbe: les conseilleurs ne sont pas les payeurs...
Mais mon collègue Stéphane Darmaisin a raison, dans votre genre, vous êtes drôle...
Ecrit par : Thémis | 04.02.2009
Voilà ma dernière heure de cours terminée pour aujourd'hui (j'ai même fait 70 mn au lieu des 60mn prévues... ça va changer tout ça ! bientôt une heure sera une heure et pas une seconde de plus...).
Avant de rentrer chez moi, j'ai regardé si mes propos avaient suscité des réactions de M. Le Renne...
Avant toute chose, prenant un peu la place du maître de ces lieux, je trouve inadmissible que MM Darmaisin et Thémis comparent M Le Renne à un troll ! Sachez que pd que mes hordes de chargés de TD corrigent mes copies et font passer mes oraux j'ai le tps de lire des choses savantes... dont des traités sur les trolls... ce sont des créatures douées d'une certaine malice et même intelligentes... arrêtez donc de les dénigrer ainsi... c'est un scandale !
Pour en revenir à M Le Renne... vous n'êtes pas le seul à fréquenter les ministères... mais contrairement à vous je ne m'occupe pas que de la couleur du papier peint... donc je persiste et signe dans mon analyse... car comme vous le savez cette réforme n'est pas tombée du ciel elle était déjà ds les cartons depuis un moment... le Gvt actuel n'a fait que donner les derniers tours de vis...
Bon je "me" rentre, il faut que je relise les épreuves d'un article à paraître... ds une revue de catégorie certainement B voire C... pas grave... mes chargés de TD m'en écriront plein d'autres.
A demain matin pour vos nouvelles blagues M. Le Renne
Ecrit par : GD | 04.02.2009
Dans la même tonalité que le discours de N. Sarkozy dont le lien a été laissé par M. Darmaisin, voir également cette vidéo:
http://tf1.lci.fr/infos/podcast/analyse_barbier/0,,4245310,00-le-commentaire-politique-de-christophe-barbier-du-3-fevrier-.html
Ecrit par : Flying Rabbit | 04.02.2009
Ahurissant !
Ecrit par : Dimitri Houtcieff | 04.02.2009
Exceptionnel
Dans son génie démesuré, ce cher Barbier indique donc :
"Attention, les EC travaillent beaucoup, un travail de qualité"
...
"Ils refusent d'être évalués, d'être contrôlés, ils ont peur d'eux-même"
Alors d'une part cette affirmation ( au vu des nombreuses positions des EC à l'heure actuelle ) semble juste fausse, et d'autre part elle est totalement injustifiable au vu de ses propres dires : les EC auraient peur d'être contrôlés dans leur "travail abondant, et de bonne qualité" ?
S'il faut être expert en analyse politique pour sortir de telles énormités, peut-être devrait-on consulter un autre genre de personnes.
Bref, magnifique
Ecrit par : Florian M | 05.02.2009
@ Eric LE RENNE:
Tu sait combien gagne un maître de conférence ou même un professeur de droit? Tu sait combien gagne un bon avocat ou un notaire? A partir de ce constat objectif, si un prof faisait autant d'heures qu'un avocat ou un notaire, pourquoi une personne compétente deviendrait-elle prof pour gagner des clopinettes alors qu'elle pourrait gagner 10 fois plus dans le privé en fournissant la même quantité de travail?
Je suis vraiment admiratif devant certains de mes profs qui ont une culture juridique immense, un talent d'orateur incroyable, ils sont intarissables sur n'importe quel sujet, et ils ont choisi de devenir prof en fac pour gagner un salaire fixe alors qu'en étant avocat libéral ils auraient gagné une fortune... Je suis d'autant plus admiratif qu'il ne faut pas non plus caricaturer, prof ce n'est pas 6H par semaine mais des cours à préparer et à actualiser, des copies à corriger, et de la recherche à effectuer, s'impliquer dans la vie de l'établissement en participant à divers événements...
Si on change le statut de ces profs et qu'on leur rajoute des heures, resteront-ils dans l'université? A terme il n'y en aura plus et ceux qui resteront se seront les moins bons, qui intégreront l'université à defaut de pouvoir gagner un salaire décent en étant libéral.
Ecrit par : Pr. Thibault | 05.02.2009
Je peux répondre à la question que vous posez. Oui des professeurs resteront à l'université : tous ceux qui ne pourront pas partir...nul doute que cela relèvera le niveau.
Ecrit par : Dimitri Houtcieff | 05.02.2009
Lisez la note du MEN DGRH C1-3 n° 2008-0-237 du 27 janvier adressée aux Pts d'université (cette note est en train de circuler à la vitesse de la lumière par le Net)... elle vaut le détour... ou comment l'Etat abandonne les EC comme des chiens sur la route des vacances en plein mois d'août !
Ecrit par : GD | 06.02.2009
La rumeur court que ce texte est un faux... comme je n'en sais rien, je ne l'ai pour l'instant pas relayé.
Ce pourrait parfaitement être une occasion pour les opposants au mouvement, si c'était un faux, de nous accuser de manipulation. Je me méfie donc, mais je suis ouvert à toute information à ce sujet.
Ecrit par : Dimitri Houtcieff | 06.02.2009
Aucune info hormis le texte sous les yeux (comme vous je présume), qui, si c'est un faux, est très bien fait...
Ecrit par : GD | 06.02.2009
Je voudrais juste préciser que les "doyens" n'existent plus... Si nous nous bâtons contre le retour de la logique facultaire il serait temps de prendre acte de certains changement...
Ecrit par : Romain JAMMES | 06.02.2009
Personnellement, je ne me bats pas, bien au contraire, contre la logique facultaire. Ce point pourrait être discuté, mais le combat n'est pour l'heure pas là.
Si l'université est changée selon les voeux du gouvernement, il ne sera plus temps de savoir si l'université doit faire retour vers la logique facultaire ou si elle doit au contraire s'en éloigner encore, parce qu'il n'y aura plus d'université dignes de ce nom du tout.
Ecrit par : Dimitri Houtcieff | 06.02.2009
Je viens de voir sur un autre site, une excellente idée : que les EC membres de l'UMP renvoient au siège dudit parti politique leur carte avec inscrit dessus au marqueur "Enseignant-chercheur"... je trouve cela excellent !
Ecrit par : Un MCF | 06.02.2009
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