10.04.2006
Fonds de commerce et théorie de l'accessoire
Avec l'aimable autorisation de mon collègue Jean-Pierre Bertrel, et du site Agorabiz, j'ai décidé de mettre en ligne sur ce blog certains des commentaires qui ont été publiés dans la Newletter Agorabiz.
Je commence par un arrêt rendu par la Chambre commerciale, il y a déjà quelques mois, le 15 novembre 2005 (n°97-20832, à paraître au Bulletin). Suivant cet arrêt, qui s'inscrit dans la fameuse "théorie de l'accessoire", un acte accompli par un non-commerçant devient un acte de commerce lorsqu'il est passé dans le but d'exercer un commerce et qu'il est indispensable à l'exercice de celui-ci, dès lors l’emprunt accepté par les acquéreurs d’un fonds de commerce n’est lui-même un acte de commerce que si le prêt litigieux a été employé au financement de l'acquisition du fonds de commerce destiné à être exploité.
L’acquisition du fonds de commerce en vue de son exploitation, comme sa vente par l’exploitant est un acte de commerce (Com.13 juin 1989, RTDcom. 1989 p.457 obs. J. Derruppé) : on a pu y voir un acte de commerce par nature d’origine jurisprudentielle (D. Houtcieff, Droit commercial, coll. U, éd. Armand Colin 2005, n°138). Faut-il en déduire que le prêt souscrit pour financer cette acquisition est lui aussi un acte de commerce ? C’est à cette question que répond un arrêt rendu le 15 novembre dernier par la Chambre commerciale.
L’enjeu est d’importance, notamment si le prêt a été consenti à des coemprunteurs : la qualification d’acte de commerce permet en effet à la présomption de solidarité de déployer ses effets, dispensant le créancier d’insérer une clause expresse de solidarité. En l’espèce, les juges du fonds avaient considéré, l'achat d'un fonds de commerce comme étant un acte de commerce par nature, que le prêt accepté par les acheteurs pour le financer était, lui aussi un acte de commerce. Ils en déduisirent que les époux coemprunteurs étaient solidairement tenus, malgré l'absence d'une clause expresse de solidarité. Le raisonnement était trop bref pour être pleinement convaincant. La Cour de cassation censure donc cette décision à raison, reprochant à la Cour d’appel de s’être déterminée sans rechercher si le prêt litigieux avait été employé au financement de l'acquisition d'un fonds de commerce destiné à être exploité par l’emprunteur considéré.
Cette décision rappelle opportunément qu’il convient de cantonner la « théorie de l’accessoire » par laquelle la doctrine justifie ordinairement la qualification d’acte de commerce. Contrairement à ce que suggère cette formule, l’extension de la commercialité ne se déduit pas, en effet, du simple constat de ce qu’une opération est dans la dépendance d’un acte de commerce : ce qui conduit précisément à voir là un acte de commerce par nature d’origine jurisprudentielle (v. supra ; comp. S. Reifegerste, JCP éd. E 2006, 1385, note sous cette décision). La jurisprudence admet en effet la commercialité d’un acte civil isolé accompli par un non-commerçant à cette condition qu’il soit passé dans le but d’exercer un commerce et qu’il soit indispensable à l’exercice de celui-ci (Com.13 mai 1997, Bull. IV n°139). Or, à l’évidence, le caractère indispensable d’un emprunt à l’exercice du commerce peut aisément être établi, dès lors que l’opération a été réalisée : il suffit – mais il est nécessaire – de constater que les fonds empruntés ont effectivement été consacrés à l’acquisition du fonds de commerce...
11:00 Publié dans Droit commercial | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Droit et Justice









Commentaires
Bonjour,
Si ma femme achète un stylos pour que je puisse signer les factures de mon commerce, est-ce un acte de commerce ? C'est un acte qui est fait dans le but d'exercer mon commerce et qui est indispensable à l'exercice de celui-ci... Je suis pourtant dubitatif sur ces critères qui amènerai à une solution étrange. Les deux traditionnels critères : effectuer dans le cadre d'une activité commerciale et effectué par un commerçant ou en lien avec un acte de commerce par nature me semblent plus justes quand à cet exemple. Qu'en pensez-vous ?
Ecrit par : david | 28.09.2006
J'ajoute pardonnez-moi, que mes critères fonctionnent mal quant à l'espèce de l'arrêt de 2005 que vous citez. En effet, il me semble que l'achat du fond de commerce soit l'unique support pour justifier les deux critères que sont le cadre de l'activité et l'acte de commerce par nature ; c'est un peu bancale d'utiliser un acte pour justifier deux critères.
Ecrit par : david | 28.09.2006
il me semble que vous soyez trés renseigné en matiere de fonds de commerce et d'accessoires.Peut etre pourriez m'aider en répondant à une question qui me semble confuse : les accessoires du fonds de commerce? que cela signifie t'il pour vous
Ecrit par : stephanie | 23.12.2007
je voudrais avoie un cour sur l'acquisition du fond de commerce. c'est pour un exposé de droit.
merci et bonne soirée....
Ecrit par : quimi ballot | 21.10.2008
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